La honte secondaire : quand on se sent honteux… d’avoir déjà honte.
- Anne Besure

- il y a 3 heures
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Après avoir exploré la honte primaire, cette blessure ancienne née d’un manque d’accueil dans l’enfance, il est essentiel de comprendre une autre forme de honte, plus récente, plus insidieuse : la honte secondaire.
La honte secondaire, c’est la honte d’avoir honte. La honte d’être sensible. La honte de réagir trop. La honte de ne pas être à la hauteur. La honte de ne pas réussir à “faire comme tout le monde”.
Ce n’est plus la honte ancienne. C’est celle que l’on développe en grandissant, lorsque l’on commence à se comparer, à se juger, à se croire défaillant.
Qu’est-ce que la honte secondaire ?
La honte secondaire apparaît lorsque l’on regarde ses propres réactions avec sévérité :
“Je suis ridicule de pleurer pour ça.”
“Je devrais être plus fort(e).”
“Je ne comprends pas pourquoi ça m’affecte autant.”
“Je suis anormal(e).”
“Je devrais être passé(e) à autre chose.”
C’est une couche de jugement posée sur une émotion ou une vulnérabilité.
Elle naît souvent à l’adolescence ou à l’âge adulte, au moment où l’on prend conscience de ses différences, de ses limites, de ses fragilités et où l’on y associe un verdict.
D’où vient cette honte secondaire ?
Elle provient de plusieurs sources :
▪ Les injonctions intériorisées
“Ne pleure pas.” “Arrête d’exagérer.” “Sois fort(e).”“Tu te fais des films.”
Ces phrases, répétées plus ou moins explicitement, deviennent des règles internes.
▪ La comparaison avec les autres
On se dit que les autres gèrent mieux, avancent plus vite, ne se laissent pas toucher autant. La comparaison crée l’idée que l’on est “défaillant”.
▪ Le regard social
La peur d’être jugé, catégorisé, étiqueté. La peur d’être “trop” ou “pas assez”.
▪ La méconnaissance de ses mécanismes internes
Sans comprendre que certaines réactions viennent de blessures anciennes, on croit que le problème est dans son caractère.
Comment se manifeste la honte secondaire ?
La honte secondaire crée un double nœud : non seulement l’émotion est difficile à vivre… mais en plus on se juge de la ressentir.
Voici comment elle se manifeste :
Vous étouffez vos émotions pour ne pas être vu(e) vulnérable.
Vous dites “ce n’est rien” alors que ça vous bouleverse.
Vous minimisez continuellement ce que vous traversez.
Vous vous excusez d’avoir des besoins.
Vous vous sentez “trop sensible” ou “pas assez solide”.
Vous avez honte de votre passé, de vos blessures, de votre fragilité.
Vous portez une impression diffuse d’être “défaillant(e)”.
La honte secondaire ne se voit pas toujours dans les actes, mais elle résonne dans le dialogue intérieur.
Pourquoi est-elle si difficile à dépasser ?
Parce qu’elle masque la honte primaire.
La honte secondaire fonctionne comme une armure : elle protège l’accès aux couches plus anciennes du vécu, mais elle empêche aussi la réparation.
Tant que l’on se juge, on ne peut pas s’accueillir. Tant que l’on se trouve “anormal(e)”, on ne peut pas écouter ce dont on a besoin. Tant que l’on se critique, on ne peut pas comprendre l’histoire qui se rejoue.
La honte secondaire est un verrou émotionnel.
Un exemple pour illustrer.
Imaginez une personne qui a grandi dans un environnement où ses émotions n’étaient jamais accueillies. À l’âge adulte, elle traverse une rupture et se sent anéantie.
La honte primaire dit :“Je ne mérite pas d’être aimé(e).”
La honte secondaire ajoute :“Et en plus, j’ai honte de souffrir autant.”
Ce n’est pas la douleur de la rupture qui fait le plus mal. C’est la censure intérieure.
Comment dépasser la honte secondaire ?
La réparation ne consiste pas à “lutter” contre cette honte, mais à la déplier, comme une couverture trop serrée.
Voici les étapes essentielles :
▪ 1. Nommer la honte secondaire
Être capable de dire intérieurement :“Là, je suis en train de me juger.” Cela ouvre un espace d’observation.
▪ 2. Faire le lien avec l’histoire
Comprendre que cette réaction n’est pas une faiblesse, mais une conséquence logique de ce qui a été vécu.
▪ 3. Réintroduire de la nuance
Remplacer “je suis ridicule” par :“Je ressens fort, et ce ressenti a un sens.”
▪ 4. Apprendre à se relâcher dans la relation
Dans un espace thérapeutique stable, une relation amoureuse ou amicale authentique, la honte secondaire perd de sa force. Elle se dissout lorsqu’on est accueilli sans jugement.
▪ 5. Autoriser la vulnérabilité
Petit à petit, la personne ose dire :“J’ai mal.” “Je suis touché(e).” “J’ai besoin d’aide.”
La honte secondaire ne résiste pas à l’acceptation.
La honte secondaire n’est pas une faiblesse, mais un signal.
La honte secondaire n’est pas un signe de fragilité. C’est la preuve que la personne veille encore sur une blessure ancienne. Elle protège, maladroitement, ce qui n’a pas été accueilli autrefois.
En apprenant à reconnaître, nommer et apaiser cette honte “du présent”, on commence à ouvrir l’accès à la honte primaire, celle qui a vraiment besoin d’être entendue et réparée.
Alors seulement, quelque chose s’apaise. On arrête de se voir comme “défaillant(e)” et on commence enfin à se voir comme humain(e).
Chaleureusement,
Anne



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