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ANNE BESURE

Fondatrice de Accemo® | Soins Harmonisants
Experte en accompagnement des traumatismes
Auteure | Illustratrice

Comprendre la honte primaire : cette blessure ancienne qui façonne notre manière d’être.

Dernière mise à jour : 16 janv.

Cette série de 3 articles explore les différentes formes de honte qui marquent silencieusement les histoires personnelles.

De la honte primaire, née des premiers liens, à la honte secondaire, qui se construit avec le regard sur soi, jusqu’aux chemins possibles de réparation : ces trois articles offrent des repères pour mieux comprendre, accueillir et transformer ce qui, parfois, limite la liberté intérieure.

Voici une invitation à remettre de la douceur là où l’on s’est longtemps jugé.


Il existe une forme de honte dont on parle peu, car elle précède les mots. Une honte ancienne, presque fondue dans le caractère, qui n’a pas toujours de souvenirs précis pour l’expliquer : la honte primaire.

Ce n’est pas la honte d’une erreur, d’un faux pas ou d’un moment gênant. La honte primaire, c’est la sensation intime d’être "de trop", "pas assez", ou "de travers", voire même "de ne pas mériter d'exister", sans comprendre l’origine de ce malaise.

Elle naît tôt. Très tôt. Souvent bien avant que le langage ne puisse la nommer. Et pourtant, elle influence encore à l’âge adulte la manière d’oser être soi, d’entrer en relation, de demander, de recevoir… et parfois même de respirer.


Comment naît la honte primaire ?


Vous me connaissez un peu maintenant : mon intention n’est pas de chercher un coupable, mais de rester au plus près de ce qui est vécu, pour essayer de le comprendre.

Il ne s’agit donc pas ici d’accuser des parents, mais de décrire l’expérience vécue par l’enfant.

La honte primaire apparaît lorsque l’enfant n’a pas pu se sentir accueilli dans ce qu’il est. Pas forcément humilié, ni forcément violenté. Mais non reconnu, non reflété, non reçu dans ses besoins et ses émotions.

Elle peut se former dans ces situations où la spontanéité rencontre une absence :

  • un parent préoccupé par ses propres douleurs,

  • un regard qui juge plus qu’il n’accueille,

  • des réactions imprévisibles ou incohérentes,

  • un environnement où l’on apprend à être "sage", "facile", "raisonnable",

  • des émotions d’enfant qui restent sans miroir pour les apaiser.

L’enfant n’en conclut pas : " On ne m’a pas compris. "

Il en conclut : "Je gêne. Je suis trop. Je dois me faire petit pour qu’on m’aime. "

La honte devient alors structurelle : une posture intérieure qui s’organise pour préserver le lien au prix de soi.


Comment se manifeste-t-elle à l’âge adulte ?


La honte primaire n’arrive pas en grands coups. Elle se glisse dans les détails :

  • dans un sourire trop rapide pour masquer un malaise,

  • dans la difficulté à demander de l’aide,

  • dans la peur d’être un poids,

  • dans les phrases qui commencent par " désolé(e) de déranger… ",

  • dans le fait d’attendre que l’autre valide pour oser ressentir,

  • dans l’impression étrange d’être "faux", même lorsqu’on est sincère.

Elle se manifeste souvent par une suradaptation : je fait tout très bien pour être certain.e que j'ai le droit d'être là, je m'efface pour ne pas gêner, je m'ajuste pour être aimé.e.


Ce n’est pas un manque de caractère. C’est une loyauté ancienne.


Un exemple pour comprendre.


Imaginez une personne qui, enfant, a grandi dans un environnement où chaque émotion était dérangeante pour les adultes : trop bruyante, trop sensible, trop expressive. Elle a vite appris que :

  • son rire fatiguait,

  • ses pleurs agaçaient,

  • ses questions étaient "idiotes",

  • son enthousiasme était "trop".

Plus tard, cette personne peut :

  • s’excuser avant même d’expliquer ce qu’elle ressent,

  • minimiser ses besoins pour "ne pas déranger",

  • préférer aider que recevoir, car recevoir réactive la sensation d’être "de trop". En effet quand le besoin n’a pas été accueilli, il ne laisse pas seulement un vide, il laisse l’impression que demander était déjà trop.

  • rester dans des relations où elle porte tout, parce que demander la met en panique.

Elle ne se dit pas : "J’ai honte", mais son corps parle pour elle : détourner le regard, se raidir, changer de sujet, rire à la place de pleurer, se justifier sans qu’on lui demande.

La honte primaire agit comme une tonalité de fond.


Comprendre, c’est déjà éclairer.


Comprendre la honte primaire, c’est déjà perdre un peu de cette impression d’être intrinsèquement fautif.

Mettre des mots sur ce fonctionnement révèle une chose essentielle : la honte n’appartient pas à la personne. Elle appartient à l’histoire.

Dans le prochain article, nous verrons comment réparer cette blessure, pas à pas, à travers une approche sensible, relationnelle et profondément humaine.


Chaleureusement,


Anne


Note : Le terme « honte primaire » est employé ici comme une désignation accessible d’une honte précoce et relationnelle, décrite dans différents courants théoriques sous des appellations variées.



 
 
 

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